| le fumier |
de Saint-Pol-Roux
mise en scène : Claude Merlin avec : Benjamin Abitan, Basile Bernard de Bodt, Stanislav Dorochenkov, Maria Zachenska, Françoise Pons, Christine Schaller, Fanny Touron, Claude Merlin costumes : Constance Pourtier lumière : Hervé Chantepie Une pièce qui dormait depuis plus d’un siècle. Et ce drôle de titre : “ le Fumier”, que dissimule-t-il ? À notre surprise, une matière dangereusement combustible, à manier avec précaution, susceptible de nous exploser à la figure. Evidemment la langue décoiffe et charme tour à tour, griffe et caresse, centrifugée par un danseur baroque que n’effraie aucun bariolage. On en a un peu perdu l’habitude. Mais surtout, c’est notre présent lacéré et sanglant que nous recevons en pleine face. Voici une œuvre porteuse de toutes les incorrections, du style comme de la pensée. À la fin du siècle dix-neuf, elle tirait un formidable signal d’alarme. L’avons-nous entendu ? La réponse est partout autour de nous, dans une actualité devenue tragiquement folle. Dans sa transe poético-prophétique, Saint-Pol-Roux avait tout prévu. On craint de dresser le catalogue des visions grinçantes déployées dans sa pièce qui produisent aujourd’hui le cauchemar de leur réalisation, tellement c’est précis, tellement c’est hallucinant. Théâtre où s’exhibent sans ménagement les traumas de notre histoire la plus récente et pas encore achevée. On frappe./ J’ouvre./ Accoudée au chambranle, la hideuse Réalité m’insulte d’un rot narquois en plein visage. St-P.-R. (Apocalypse) Cependant, ce qui nous est dit ici, c’est que nous faisons le monde à notre image. Et si le malheur le contracte et le défigure, nous en sommes les ouvriers. « Immense société coopérative que la vie. ». Et le poète veut, au bout du compte terminer sur une note de joie, bien dans sa manière, et plaider pour un ultime réenchantement : une Sur-Réalité. Détail terrible et inoubliable : le dernier titre trouvé sur sa table de travail en 1940, dédié à sa servante Rose tuée par un Allemand, juste après le drame* qui devait lui-même le foudroyer est : Le vrai soleil est en nous-mêmes Claude Merlin * Dans la nuit du 23 au 24 juin 1940, un soldat allemand ivre pénétrait dans le manoir breton du poète, tuait Rose, violait et blessait sa fille Divine. Quelques mois plus tard, le manoir était pillé et incendié, les manuscrits détruits, et Saint-Pol-Roux mourait à l’hôpital de Brest. du 4 au 15 janvier Production : Cie Théâtre A Toi Pour Toujours |